J’ai envie de me rappeler

tout ce qu’on ne nous dit pas

tout ce que nos corps se retrouvent
tout ce que nos corps s’entassent

nos corps qui ont subi
et qui se sont connectés

Comme on a survécu

les un·es sur les autres

en traversant nos colères
nos rages
nos tristesses

Comme on s’est épaulé·es
Comme on a déployé des liens

d’amour
de tendresse

Comment nos corps se sont effleurés
Comment ils se sont entassés
Comment ils se sont réparés

Comment on a circulé
entre les labyrinthes du désir
et de l’amitié

Comment on s’est épuisé·es
en paroles
en massages-douceurs
en lignes, tracées à même la peau

Comment nos corps
traumatisés
martyrisés par les monstres
ont survécu
comment nos corps étaient du baume
les uns pour les autres
les uns sur les autres
Comment nos corps écrasés
se sont écrasés encore
Comment le poids de nos maux
les a fait se réconcilier
les a fait se réassocier
Comment nous nous récupérions
lorsque l’un·e d’entre nous ployait

abîmé·e par le choc

Comment nos conversations déjà
se faisaient l’écho
de ce qu’il adviendrait plus tard
de ce qu’on ne pouvait prévoir
l’écho
des mots qui nous blesseraient
des batailles futures à mener

Mais cette certitude brute
que tout ce que l’on vit
cet amour pur et cette joie
ceux qui nous détruisent ne l’ont pas
que c’est notre plus grande force et que

même s’ils nous tuent

ce qu’ils finiront par faire
ils n’auront pas accès à ça

A la joie solaire
de nos amours
de nos amantes
de nos ami·es
de nos compagnons
de nos binômes

Lorsqu’ils mutileront nos corps
lorsqu’ils nous enfermeront
lorsqu’ils nous déposséderont
lorsque nous deviendrons fantômes

D’autres viendront après nous
Partageront nos tendresses
s’aimeront jusqu’à la fin
s’aimeront d’un amour détraqué
s’aimeront d’un amour abîmé
et resserrerons encore
par la plaie vive de l’écriture

le nœud de nos liens déviants.

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